Hier, le Mali célébrait le 15e anniversaire du renversement du dictateur Moussa Traoré et, par le fait même, de l'avènement de la démocratie. D'ailleurs, la communauté internationale site régulièrement le pays de l'ancien Empire Mandingue comme un modèle de bonne gouvernance. Amadou Toumani Touré, l'actuel président de la République, sait garder de bonnes relations avec l'extérieur...
Cependant, les Maliens n'avaient pas le coeur à la fête cette année. D'abord, parce que L'ORTM (l'Office de Radios et Télévision du Mali, la chaîne du président) vient de censurer le vidéoclip
Monsieur le maire du groupe rap Tata Pound.
La chanson dénonce la politique mafieuse exercée par certains maires qui, une fois élus, se foutent pas mal de leurs promesses électorales et des doléances de leurs électeurs. Ils se livrent plutôt à la vente illicite et à la distribution démesurée de terrains au profit de leurs bons amis.
En somme, la chanson dénonce les pots de vin, la corruption et le patronnage qui empoisonnent la scène politique malienne et qui freinnent considérablement le développement. Le groupe sensibilise les jeunes et appelle à leur mobilisation contre ce fléau.
Or, voilà qu'ATT voit d'un très mauvais oeil les visées conscientisantes de Tata Pound. La formation pourrait éventuellement ternir sa réputation si étincelantes aux regards des investisseurs étrangers.
La solution: tirons la plogue.
Ce n'est pas comme si le vidéoclip pouvait être diffusé sur une autre chaîne accessible à la population. Il n'y a qu'une chaîne publique ici! L'autre,
Africâble, est payante. Allô la censure. Démocratie ne va pas de paire avec liberté d'expression ? Il faudrait en glisser un mot à Monsieur Touré.
Hier, un concert réunissant plus d'une vingtaine d'artistes, dont Tata Pound, était organisé au Stade Omnisport Modibo Keita. Au moins vingt milles jeunes Maliens ont envahi les lieux question de célébrer leur pseudo-démocratie. Fait ironique, l'événement était commendité par Anglogold Ashanti, une société sud-africaine qui exploite une mine d'or à Morila. Oui oui, le Mali, 174e pays sur 177 sur le plan du développement humain selon le PNUD, est le troisième producteur africain d'or. Trouvez l'eurreur.
Le gouvernement d'ATT permet à une multinationale de piller le précieux minerai tout en lui accordant des crédits d'impôts et en lui permettant d'exploiter sa main-d'oeuvre comme bon lui semble et de contaminer la nappe phréatique avec des poisons mortels tels le cyanure. Et ensuite Anglogold Ashanti finance le spectacle de la fête de l'indépendance. Durant le concert, j'ai entendu à la fois les mots "Faites la révolution" et "Vive Anglogold Ashanti". La jeunesse qui représente 50% de la population malienne doit être confuse.
Afin de prévenir tout débordement dans la foule, les autorités ont mis le paquet. Les militaires et les gendarmes surveillaient de près les fêtards bien armés de leurs baillonnettes ou alors d'une ceinture équipée de menottes. On travaille avec les moyens du bord... J'étais située à l'avant complètement de la scène et je pense avoir passé plus de temps à tenter d'éviter les coups qu'à écouter les messages de sensibilisation de Tiken Jah Fakoly ou de Tata Pound.
Que célébrait-on déjà? Ha oui, la démocratie.